Affinity Photo est un logiciel de retouche photo sans abonnement, créé par Serif en 2015 et repris par Canva en mars 2024. Photoshop reste le logiciel professionnel d'Adobe, disponible par abonnement Creative Cloud. Calques, filtres, fichiers RAW, format PSD, interface et prix : voici ce qui sépare vraiment les deux outils.
Gratuit contre abonnement : Affinity face à Adobe
- Le prix a changé de camp : Affinity est passé du paiement unique à la gratuité, quand Photoshop n'a jamais quitté l'abonnement Adobe Creative Cloud.
- Sur la retouche d'image courante, calques, masques, sélection, couleur et filtres, l'écart de fonctionnalités entre les deux logiciels est faible.
- Photoshop garde l'avance sur l'intelligence artificielle générative, la gestion de photothèque et les plugins professionnels.
- Le format de fichier PSD s'ouvre dans Affinity Photo, mais chaque aller-retour entre les deux applications dégrade une partie du travail.
Deux logiciels, deux histoires et deux philosophies
Comparer Affinity Photo et Photoshop revient à comparer deux logiciels de retouche photo de puissance voisine, mais d'économies opposées : d'un côté un outil vendu une fois, de l'autre un abonnement mensuel. Photoshop naît en 1990 chez Adobe, conçu par Thomas et John Knoll, et son PSD devient le standard de la retouche d'image professionnelle. Notre comparatif des logiciels de retouche photo replace les deux outils dans un paysage qui compte aussi Capture One, DxO PhotoLab et Darktable. Affinity Photo arrive bien plus tard : Serif, éditeur britannique installé à Nottingham, sort la version macOS en 2015 puis la version Windows en 2016, avec une promesse assumée, celle d'un logiciel de retouche photo complet vendu une seule fois, sans abonnement et sans compte à créer.
La différence de philosophie est visible dès l'installation. Photoshop s'installe via l'application de bureau Creative Cloud, s'authentifie auprès d'un compte Adobe et vit dans une suite Adobe où Illustrator, InDesign, Lightroom et Premiere Pro se répondent. Affinity s'installe seul, se lance sans connexion permanente et occupe quelques centaines de mégaoctets sur le disque. Le premier est une plateforme, le second une application. Ce choix structurel explique une bonne partie des écarts mesurables entre les deux, du temps de démarrage à la disponibilité des fonctionnalités hors ligne.
La suite Affinity s'est construite en trois applications complémentaires : Affinity Photo pour la retouche, Affinity Designer pour le dessin vectoriel, face à Adobe Illustrator, et Affinity Publisher pour la mise en page, face à InDesign. Le rachat par Canva en mars 2024 a rebattu les cartes une nouvelle fois. Depuis la refonte d'octobre 2025, le logiciel Affinity est distribué en une application unique et gratuite qui réunit les trois anciens modules ; les fonctions d'intelligence artificielle générative, elles, dépendent d'un abonnement Canva Premium. Avant tout achat ou toute migration d'équipe, vérifiez les conditions en vigueur sur le site web de l'éditeur : c'est le point qui a le plus bougé en deux années.
Prix, licence et paiement unique : le terrain où l'écart est le plus net
Le prix reste la raison la plus fréquente pour laquelle un photographe cherche une alternative à Photoshop. Adobe ne vend plus de licence perpétuelle depuis le passage à Creative Cloud. L'accès à Photoshop passe par un abonnement mensuel ou annuel, la formule Photographie associant Photoshop et Lightroom avec un espace de stockage en ligne, et une formule application seule nettement plus chère. Les tarifs publics sont révisés régulièrement, parfois à la hausse en cours d'année, ce qui rend toute citation de montant périssable : le principe à retenir est qu'un arrêt de paiement ferme l'accès au logiciel, pas qu'un chiffre est gravé.
Affinity a suivi le chemin inverse. Les versions 1 et 2 se sont vendues au paiement unique, autour de 70 à 80 euros par application et environ le double pour la licence universelle couvrant Windows, macOS et iPad, avec les mises à jour mineures incluses. La refonte de 2025 a supprimé le prix d'entrée lui-même. Un utilisateur qui installe Affinity aujourd'hui ne paie rien pour l'ouvrir, et ne paie que s'il veut les fonctions génératives adossées à l'abonnement Canva. Nous détaillons ailleurs le calcul complet entre licence perpétuelle et abonnement, amortissement compris.
| Critère | Affinity Photo | Adobe Photoshop |
|---|---|---|
| Modèle de vente | Paiement unique, puis gratuité depuis la refonte de 2025 | Abonnement Adobe Creative Cloud, mensuel ou annuel |
| Plateformes | Windows, macOS, iPad | Windows, macOS, iPad, version web |
| Développement des fichiers RAW | Develop Persona intégré | Camera Raw, partagé avec Lightroom |
| Intelligence artificielle générative | Via Canva Premium | Remplissage génératif Firefly intégré |
| Gestion de photothèque | Absente, logiciel tiers nécessaire | Lightroom inclus dans la formule Photographie |
| Plugins tiers | Support 8bf partiel | Écosystème très large |
Le calcul du coût total sur la durée de vie du logiciel est celui qui tranche le plus souvent. Un abonnement Photoshop à une quinzaine d'euros par mois représente environ 180 euros par année, reconduits tant que vous voulez ouvrir vos fichiers. Une licence Affinity achetée une fois n'a jamais été reconduite, et sa gratuité actuelle supprime même la mise de départ. L'avantage financier est donc massif pour un particulier. Il l'est beaucoup moins pour une entreprise, où le coût d'une migration, la formation des équipes et la reprise des fichiers existants pèsent plus lourd que la ligne d'abonnement elle-même.
Les fonctionnalités de retouche, comparées outil par outil
C'est là que la réponse surprend souvent : sur la retouche d'image classique, les deux logiciels font pratiquement le même travail. Affinity Photo n'est pas une version allégée de Photoshop, c'est une application écrite depuis zéro avec un moteur 16 bits par canal, la prise en charge des espaces RVB, CMJN, LAB et niveaux de gris, et la gestion des profils ICC. Un retoucheur professionnel y retrouve ses gestes en quelques jours.
Calques, masques et sélections
Le calque de réglage, le masque de fusion, le masque d'écrêtage, le mode de fusion, le groupe de calques : tout le vocabulaire de Photoshop existe dans Affinity, sous des noms très proches. La sélection d'objet automatique, l'affinage des contours pour les cheveux, le pinceau de sélection, la plage de couleur : les fonctions sont présentes des deux côtés, avec un avantage à Photoshop sur la qualité du détourage automatique des sujets complexes. Affinity se distingue en revanche par ses calques en direct, qui appliquent un filtre non destructif sans passer par la conversion en objet dynamique, une manipulation que Photoshop impose encore.
Le développement des fichiers RAW
Affinity Photo embarque son propre module, le Develop Persona, qui ouvre les fichiers RAW des principaux boîtiers et applique exposition, balance des blancs, courbes, correction d'objectif et débruitage avant de basculer vers le Photo Persona. Photoshop, lui, s'appuie sur Camera Raw, moteur partagé avec Lightroom, plus abouti sur les profils d'appareils et sur le masquage automatique par sujet ou par ciel. Un photographe qui traite des lots importants trouvera le Develop Persona plus rudimentaire, en particulier sur la gestion par lot. Les principes communs aux deux modules sont détaillés dans notre guide du traitement RAW.
Filtres, correction et intelligence artificielle
Le filtre passe-haut, le flou gaussien, la correction de perspective, la fusion d'expositions, l'empilement de mises au point pour la macro, le panorama : Affinity couvre l'essentiel et propose même quelques fonctionnalités que Photoshop réserve à des modules séparés, comme la fusion HDR et le tone mapping intégrés. L'écart se creuse sur le génératif. Le remplissage génératif de Photoshop, adossé à Firefly, étend une image, efface un élément et recompose l'arrière-plan en une seule opération. Chez Affinity, ces fonctions passent par Canva Premium, donc par un abonnement, ce qui relativise l'argument de la gratuité pour qui en a un usage quotidien.
Dans le détail technique, quelques différences méritent d'être connues avant de basculer. Les pinceaux d'Affinity sont personnalisables et importent les brosses au format Photoshop, ce qui évite de reconstruire une bibliothèque entière. L'aperçu en direct des effets, appliqué avant validation, fait gagner du temps sur les retouches de composition. En macro, l'empilement de mises au point est intégré au logiciel et se lance facilement depuis un lot d'images. Les niveaux, les courbes et la balance des couleurs y sont rigoureusement identiques à ceux de Photoshop, à l'emplacement du panneau près.
Interface et espace de travail : les personas face aux panneaux
L'interface d'Affinity repose sur les personas, des espaces de travail spécialisés que l'on commute d'un clic : Photo Persona pour la retouche, Develop Persona pour le RAW, Liquify pour la déformation, Tone Mapping, et Export Persona pour la sortie. Chaque persona réorganise la barre d'outils et les panneaux autour d'une tâche. La logique est claire, un utilisateur habitué à Photoshop met pourtant quelques jours à s'y faire, parce que Photoshop place tout dans une interface unique où les outils cohabitent en permanence.
Photoshop offre en contrepartie une personnalisation plus fine des espaces de travail, des raccourcis et des scripts, ainsi qu'une profondeur d'historique et un panneau de réglages que des décennies d'usage ont poli. Un débutant qui découvre la retouche gagnera du temps avec les ressources disponibles autour de Photoshop, bien plus nombreuses : nos bases de Photoshop pour débutants font partie des points de départ possibles. Le nombre de tutoriels en français reste très inégal entre les deux logiciels, et c'est un critère de choix sous-estimé quand on apprend seul.
L'expérience du premier mois est souvent différente de celle qu'on imagine. Un utilisateur qui sait déjà utiliser Photoshop retrouve ses raccourcis dans Affinity, la plupart étant identiques, et se heurte surtout à l'organisation des options, rangées autrement dans la barre contextuelle. Les panneaux sont personnalisables, l'aide intégrée est correcte mais moins fournie, et l'ordinateur importe peu : Affinity se comporte de la même façon sur une machine Apple et sous Windows, ce qui n'a pas toujours été vrai des applications portées d'une plateforme à l'autre.
Performances, matériel et stabilité au quotidien
Affinity a été conçu pour l'accélération matérielle moderne : le rendu s'appuie sur le GPU via Metal sur macOS et Direct3D sous Windows, ce qui donne un défilement et un zoom très rapides, même sur des fichiers de plusieurs centaines de mégaoctets. Le lancement de l'application est sensiblement plus rapide que celui de Photoshop, qui charge davantage de modules et vérifie la licence auprès du compte Adobe.
Photoshop reste plus prévisible sur les documents extrêmes, ceux qui empilent des centaines de calques ou dépassent la limite des deux gigaoctets où le format PSD doit céder la place au PSB. Sur une machine modeste, l'écart tourne à l'avantage d'Affinity ; sur une station de travail, il s'efface. Dans les deux cas, la mémoire vive et le disque rapide pèsent plus lourd que le processeur, comme le montre le choix d'une configuration PC dédiée à la retouche photo.
Compatibilité des fichiers PSD : ce qui passe et ce qui casse
La question tombe dès qu'il y a un client ou un collaborateur en face. Affinity ouvre et exporte les fichiers PSD, y compris avec les calques, ce qui suffit pour la plupart des échanges. La conversion n'est pourtant jamais neutre. Les objets dynamiques de Photoshop sont rastérisés ou transformés en calques image, les styles de calque complexes peuvent se simplifier, certains filtres dynamiques disparaissent et les calques de texte perdent parfois leur mise en forme fine si la police n'est pas installée. Un aller-retour entre les deux applications dégrade donc quelque chose, silencieusement.
Pour le choix entre les deux logiciels, cela se traduit ainsi : Affinity convient parfaitement à un flux de travail où le fichier natif reste chez vous et où seule l'image finale, en JPEG, TIFF ou PNG, circule. Il devient un pari dès que le fichier natif est l'objet de la livraison, en agence, en édition ou en photogravure. C'est cet obstacle qui bloque le plus souvent une équipe qui voudrait remplacer Photoshop du jour au lendemain, et il n'a rien à voir avec les fonctionnalités du logiciel lui-même.
Écosystème, plugins et intégration au flux de travail
Photoshop vit au milieu d'une suite. Un fichier passe de Lightroom à Photoshop, revient dans le catalogue, part vers InDesign ou Premiere Pro, et les bibliothèques Creative Cloud synchronisent nuanciers, polices et éléments de design entre les applications. Les plugins tiers, du débruitage aux modules de retouche portrait en passant par les collections de filtres, ciblent Photoshop en priorité. Affinity accepte les plugins au format 8bf, mais le support est partiel et dépend des éditeurs.
Affinity n'a surtout pas d'équivalent à Lightroom : aucune gestion de photothèque, aucun catalogue, aucune indexation par mots-clés. Un photographe qui produit des milliers d'images par an doit donc lui adjoindre un logiciel de gestion de photos, ce qui remet une pièce dans la machine, en temps d'apprentissage sinon en argent. Capture One, de son côté, propose les deux moitiés dans une seule application, à un prix nettement supérieur.
Dernier élément d'écosystème, la version iPad. Affinity Photo pour iPad est une vraie version de bureau portée sur tablette, pas une application compagnon : le même moteur, les mêmes calques, les mêmes fichiers. Photoshop sur iPad a longtemps été en retrait avant de combler une partie de l'écart. Pour qui retouche en déplacement, ce critère pèse plus que la liste de fonctionnalités.
Pour quel utilisateur chaque logiciel est-il le meilleur choix ?
Affinity Photo est le meilleur choix pour le photographe amateur avancé, le créateur indépendant, le graphiste qui travaille seul et l'utilisateur qui refuse par principe l'abonnement. Il l'est aussi pour un usage occasionnel : un logiciel que l'on ouvre trois fois par mois ne justifie pas un paiement mensuel. Enfin, il l'est pour qui veut une suite complète, retouche, illustration et mise en page, sans multiplier les licences.
Le graphisme en freelance illustre bien ce basculement. Un indépendant qui enchaîne création de visuels pour le web, conception d'une plaquette et préparation d'un fichier destiné au print couvre l'ensemble de ses besoins avec la suite Affinity, export PDF compris, pour une dépense nulle ou unique. La même chaîne dans la suite Adobe suppose au minimum deux applications sous abonnement. Le point de bascule se situe le jour où un client exige un fichier natif Photoshop ou Illustrator : le standard du marché n'a pas changé, même quand l'outil qui le produit change.
Photoshop reste le meilleur choix pour le professionnel intégré à une chaîne de production, pour l'équipe qui échange des fichiers PSD natifs, pour le retoucheur qui dépend de plugins spécialisés, et pour celui dont l'activité repose sur les outils génératifs. Il l'est également pour l'apprenant qui a besoin de trouver un tutoriel sur n'importe quelle manipulation en quelques secondes. La question n'est donc pas de savoir quel logiciel est objectivement supérieur, mais lequel correspond à votre façon de créer et de livrer.
Une troisième réponse existe, et elle est souvent la bonne : les deux. Rien n'empêche d'installer Affinity comme outil principal et de garder un abonnement Photoshop pendant quelques mois, le temps de vérifier sur des projets réels ce qui manque vraiment. C'est la seule méthode qui ne repose pas sur une liste de fonctionnalités mais sur votre pratique.
Une précaution technique s'impose avant de comparer les deux logiciels sur des projets réels. Travaillez sur des copies, jamais sur vos originaux, et conservez la chaîne de traitement complète le temps de l'essai. L'éditabilité d'un document est la première chose que l'on perd en changeant d'outil : un montage repris six mois plus tard doit rester modifiable, et c'est par là qu'une migration mal préparée se paie.
Gratuité, export PSD et fonctions manquantes d'Affinity Photo
Affinity Photo est-il gratuit ?
Depuis la refonte lancée par Canva en octobre 2025, l'application Affinity est distribuée gratuitement, après avoir été vendue au paiement unique en versions 1 et 2. Les fonctions d'intelligence artificielle générative restent adossées à un abonnement Canva Premium. Comme les conditions ont changé deux fois en deux ans, vérifiez l'état en vigueur sur le site officiel avant de vous décider.
Affinity Photo est-il une bonne alternative à Photoshop ?
Oui pour la retouche d'image, le photomontage, la correction colorimétrique et le travail sur calques, où les deux logiciels sont proches. Non si votre travail dépend des plugins tiers, du remplissage génératif ou de l'échange de fichiers PSD natifs avec des collaborateurs, trois domaines où Adobe conserve une avance nette.
Comment exporter des fichiers d'Affinity vers Photoshop ?
Utilisez la commande d'exportation au format PSD en cochant la conservation des calques et en incorporant les profils ICC. Aplatissez au préalable les effets qui ne survivent pas à la conversion, notamment les filtres en direct, et conservez toujours le fichier natif Affinity de votre côté, car l'export PSD est une copie dégradée, pas un enregistrement équivalent.
Quelles fonctionnalités manquent à Affinity Photo par rapport à Photoshop ?
Principalement le remplissage génératif, la gestion de photothèque, le traitement par lot avancé du module RAW, la richesse des plugins tiers et certaines automatisations par scripts. Le reste des fonctionnalités de retouche courante est couvert.
Quel logiciel est meilleur pour la retouche photo ?
Photoshop reste la référence en environnement professionnel contraint, Affinity Photo est le meilleur rapport entre capacité et coût pour un usage individuel. Si la question porte sur le développement des fichiers RAW plutôt que sur la retouche, Capture One et DxO PhotoLab entrent tous deux dans la comparaison.















